Faire du volontariat à Yangshuo


Yulong River in Yangshuo

 

Après mon séjour à Hong Kong, j’avais pris le train depuis Shenzhen, la mégalopole frontalière, pour arriver à Guilin. C’était un trajet de 14 heures, passé sur l’étroite couchette d’un compartiment qui en compte six.

Choisir la couchette du milieu n’est pas une bonne idée; c’est toujours sur celle-ci que l’on se retrouve – c’est la moins chère – mais j’aurais tendance à penser que la couchette du haut est la meilleure. On ne peut pas s’asseoir sur la couchette du milieu, il faut rester allonger en permanence. Il faut l’avouer, elle n’est tout de même pas pire que la couchette du bas : bien que sur la couchette du bas, on puisse avoir la place pour s’asseoir sans se cogner la tête et avoir accès à la bouilloire placée sur une petite table entre les lits, il faut aussi savoir que personne ne se gène pour venir s’asseoir sur vos draps.


 


Sun & Moon Tower – Guilin


Glass Bridge on Banyan Lake – Guilin

 

Il était 5 ou 6 heures du matin lorsque je suis arrivée à la gare de Guilin. L’atmosphère y était sombre, glauque et presque terrifiante; toutes les grilles de la gare était fermées, seul retentissait le vacarme des valises à roulettes parmi cette foule qui s’engouffrait vers la sortie. À l’extérieur, quelques groupes d’hommes étaient rassemblés pour attendre le bus. J’allais leur demander où se trouvait celui qui allait vers Yangshuo, chose qu’ils ne comprenaient pas; j’appris par la suite que dans le dialecte du Guanxi, on ne dit pas “Yangshuo” mais “Yangsuo”. Cela semble faire une très grande différence.

J’attendais quelques temps avant que le premier bus pour Yangshuo entre en gare routière. L’assistant du conducteur braya “Yangsuo, Yangsuo !” par la porte du véhicule. Je m’avançais, montais à bord et m’installais dans ce bus très confortable muni d’une télévision. Le véhicule avançait dans la Guilin nocturne, déjà animée par les lumières et les néons.

J’arrivais aux alentours de 7 heures du matin à Yangshuo. Mon point de chute se trouvait être l’institut de langue anglaise “Zhuoyue” situé au centre de la ville – et trouvé grâce au site HelpX – là où je me portais volontaire pour trois semaines. Je pris un taxi-moto moyennant 15 yuans (ce qui aurait dû en coûter neuf, toujours négocier !) et arrivais à destination.

 

De portes en portes

Avec un emploi du temps ne demandant que deux heures de “travail” par jour, du lundi au jeudi, être volontaire à Zhuoyue est une aubaine pour découvrir la ville et vivre confortablement. Le logement, bien que très rudimentaire, est assuré par l’école, ainsi que deux repas par jours.

Ces deux heures de travail par soir consistait à discuter, en anglais, avec les étudiants chinois sur un sujet donné. Très vite, il ne s’agissait plus d’une classe formelle mais plutôt d’une discussion entre copains. Les étudiants sont très curieux et intéressés par les volontaires qui viennent. Ce sont eux d’ailleurs qui prennent l’initiative de nous montrer la ville et de nous faire goûter à la vie nocturne… les jeunes Chinois ont déjà bien adopté les comportements des jeunes Occidentaux.

Ainsi, il a été très simple de créer des liens, avoir des contacts et être totalement immergé dans le rythme de vie de la petite ville du Guanxi.

 


View from one of the numerous rooftop bars – Yangshuo


Voodoo Bar – Yangshuo

 

Néanmoins, après deux semaines idylliques, le centre a eu pour obligation de changer de location, et aller dans la campagne à quelques kilomètres de là. Ce fût une déception : loin de la ville, les sorties n’étaient plus aussi facile, et la température dans les bâtiments et les dortoirs était aussi froide qu’à l’extérieur. Nous étions déjà en décembre.

Les alentours réussirent pourtant à gommer ce point négatif : au milieu d’un village paisible, à quelques pas de la rivière, là où s’étendaient une végétation luxuriante et des champs aux pieds des collines, explorer la nature offrait une expérience ô combien différente et dépaysante. Il était facile de se perdre pendant des heures en suivant les petits sentiers terreux au hasard des broussailles.

Mon acolyte Matt’ – un charmant Néerlandais, arrivé un jour avant moi, qui fît une halte à Yangshuo pour reposer son genou meurtri de part les plusieurs centaines de kilomètres qu’il avait parcouru sur son vélo à travers la Chine – et moi-même tentions d’explorer chaque jour un peu plus de terrain. L’avantage du volontariat, c’est aussi l’opportunité de rencontrer des compagnons de voyage avec lesquels il est plus aisé et plus amusant de faire des découvertes, et rencontrer du monde : la communauté d’expatriés à Yangshuo est démentielle, et le business des bars est une activité gérée par les Occidentaux (la clientèle elle-même est majoritairement de “l’Ouest”). C’est d’ailleurs ainsi que j’ai eu des contacts pour travailler au “Démo Bar” deux mois après, lors de mon second voyage en Chine – car la Chine vous ensorcelle et vous rappelle, il est difficile de l’ignorer.

 


Yulong River


Bamboo rafts on Yulong River – Yangshuo


View of the Yu Long river from the top of a hill, during an adventurous motorbike ride.

 

Lorsque Matt’ décida de reprendre la route, je n’étais plus animée par l’envie de rester à Zhuoyue. Tout me paru soudain d’un ennui considérable; il était temps, pour moi aussi, de continuer mon chemin. Pourtant, mon visa expirait dans une dizaine de jours et je voulais encore profiter un peu de Yangshuo. Je pris la décision de simplement changer de projet et me portais volontaire, toujours grâce à HelpX, dans la maison d’hôte Dahutong, à quelques kilomètres du centre même de Yangshuo.

Mon expérience là-bas fût mitigée; le propriétaire de cette résidence, bâtie dans un style imitant les anciennes maisons chinoises à cour intérieure, était un quadragénaire généreux mais très brouillon, faisant preuve d’un manque d’organisation aberrant. Son esprit semblait osciller entre l’est et l’ouest, changeant de direction comme le vent. Ses idées étaient bonnes et innovantes, mais sa mise en pratique des choses laissait à désirer. Je ne l’ai presque jamais vu lors des quelques jours que j’ai passé là-bas.

 


Dahutong – Yangshuo, China

 

Je restais à Dahutong une semaine seulement, le temps d’organiser la suite de mon voyage vers le Vietnam. Je me dirigeais vers Guilin en stop, de là où je pensais prendre la direction de Nanning, toujours avec le pouce levé, puis partir en bus vers Hanoï. Malheureusement, je me retrouvais bloquée à la périphérie de Guilin pendant quatre heures, cherchant à arrêter les voitures en vain. Le jour tombait ainsi que mon espérance; j’attrapa un bus pour aller à la gare, là où l’on m’annonça que tous les trains vers Nanning étaient complets pour aujourd’hui. J’arrivais quand même à négocier et obtenir un billet, moyennant le fait de me tenir debout près des toilettes pendant les trois heures de trajet.

 

De l’autre côté du bar

Après mon périple au Vietnam, je retournais sur la route de mon pays chéri, la Chine. J’y avais parcouru les contrées du Yunnan et du Guizhou pendant deux semaines, de villages en villages, de bus en bus, et l’envie de poser un instant mes bagages et mes pensées se faisait plus intense jours après jours.

Yangshuo était restée dans mon cœur et j’avais prévu d’y retourner un jour. Ainsi, je proposais à Yang, une amie rencontrée à Tunxi, de m’y rejoindre pour que nous voyageons ensemble par la suite. Cela ne s’est pas fait ; je suis arrivée à Yangshuo en plein Nouvel An Chinois. Il était impossible pour Yang de se déplacer en cette période de mouvance nationale, car tous les transports du pays se retrouve surchargés. Les Chinois qui désirent se rendre dans une autre partie de la Chine en cette période doivent acheter leurs billets plusieurs mois en avance.

Je suis retournée à Dahutong, n’ayant pas d’autre point de chute. J’avais espéré que les choses aient changé là-bas et que je pourrais aider dans quelques projets, mais avec l’approche du Nouvel An, le propriétaire devait fermer boutique et me fît comprendre qu’il fallait que je trouve un autre endroit où rester. Je contactais le gérant de Démo Bar qui m’avait dit, lors de mon dernier séjour, que je serai la bienvenue si je souhaitais travailler ici.

 


Flags for the Chinese New Year – Yangshuo

 

Démo Bar avait déménagé aux pieds de la rivière Li, avec une terrasse gigantesque offrant une vue panoramique sur ce décor de carte postale. Je ne comptais pas mes heures de travail ; les journées étaient longues mais très enrichissantes. J’arrivais même en avance pour avoir le temps de dessiner, de boire un thé vert au riz brun et de profiter de la musique tout en discutant avec les collègues. C’est d’ailleurs le point fort de travailler derrière le comptoir : j’ai rencontré toutes sortes de personnes, avec des parcours très différents mais tout autant inspirants. Par exemple, grâce à ma collègue Duoduo, à qui j’ai léguée ma grosse veste polaire à la fin de mon séjour avant de me diriger vers les contrées chaudes du Laos, j’ai appris l’existence des centres de méditation Vipassana qui joueront un rôle crucial quelques mois plus tard lors de mon aventure au Népal. Il suffit parfois d’une seule rencontre pour ouvrir la porte vers milles possibilités.

 


In Démo Bar


Li river & mountains – Yangshuo

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