Souvenirs

 

 

La Doutre Angers

 

C’était un jour d’avril comme un jour de novembre. Des bourrasques glacées soufflaient et déplaçaient de gros et lourds nuages à travers un ciel nuancé de gris. Une journée parfaite en somme pour creuser parmi les souvenirs.

Dans cette chambre où le temps ne s’était pas écoulé, où le passé était resté présent sur les murs et entre chaque meuble, j’ai remonté le fil des années. Sans regret, sans remord, j’ai jeté des morceaux de vie que je gardai sentimentalement dans des boîtes en carton décorées par mes soins. J’ai jeté les boîtes aussi. J’ai dis adieu à mon enfance.

La pensée de ne plus dormir dans ce lit douillet, de ne plus sentir l’odeur du parquet lorsque, pendant les jours brûlants d’été, le soleil inondait la chambre de sa lumière, ni même de pouvoir observer les étoiles depuis le petit balcon donnant sur ce magnifique fleuve, me rendit un peu nostalgique. C’en était fini du cocon familiale, ce Neverland rassurant et serein, ce bouclier contre toute responsabilité : la césure du cordon ombilicale me rattachant à cette partie de ma vie ne fût ni triste ni douloureuse, elle fût, tout simplement. Même si mes ailes se sont déployées il y a quelques années déjà, mon nid, lui, était demeuré immuable.

Voilà que mes maigres possessions se retrouvent regroupées dans quatre boîtes. Ma vie dans quatre boîtes qui resteront sans doute quelques temps dans ce qui était ma chambre, avant que je ne migre d’une façon plus permanente vers un autre nid. Quel soulagement de ne s’en tenir qu’à l’essentiel ! Le poids des possessions n’est pas seulement physique, mais aussi psychique : c’est en possédant moins que l’on s’allège l’esprit et qu’on obtient plus ample liberté de mouvement.

 

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