Pakbeng – Muang Ngeun – Nan : du Laos vers la Thaïlande

 


Laos Pride – Muang Ngeun

 

“Same same”. C’est le dicton ici au Laos : tous les “farengs” (=littéralement “français”, mais ce terme est utilisé pour désigner les étrangers en général) s’habillent de la même façon, suivent les mêmes itinéraires pour se rendent aux mêmes endroits et, paradoxalement, pestent de voir autant de peaux blanches s’exhiber dans les rues.

La plupart des farengs font une escale à Pakbeng juste pour y passer la nuit, lors du périple de deux jours Chiang Mai – Luang Prabang, à bord du slow boat. Ils doivent ainsi passer par Huay Xay, la frontière du Nord la plus empruntée entre le Laos et la Thaïlande.
J’ai décidé de revêtir ma pèlerine de mouton noir et de ne pas être une “same same”: pour aller en Thaïlande, je suis passée par Muang Ngeun, ville à une petite centaine de kilomètres au sud de Pakbeng. C’est à se demander pourquoi personne ne passe par là ; c’est moins loin, moins cher et moins galère. Mais c’est très bien ainsi. J’étais la seule fareng du village et ais attiré beaucoup d’attention.

 


The most amazing maps, by HoboMaps.

 

Pakbeng

Pakbeng, c’est une longue rue qui monte et qui monte, au bord du Mékong. Une rue composée de Guest houses et de restaurants affichant des prix supérieurs aux normes : compter au moins 5000 kips de plus sur l’addition de votre assiette. Les locaux en profitent ; les voyageurs pris au piège dans cette “ville” sans attraction n’ont d’autre choix que de payer le prix fort pour se restaurer.

Lorsque l’on débarque du bateau, on se fait alpaguer de tous les côtés et on nous jette des prix de chambres aux oreilles, on nous “invite” à venir voir ici et là. Une dame me proposa une chambre pour 50.000 kips; j’acceptai l’offre puisque c’est un prix qui me semblait tout à fait correct. C’était à la Phone Thip Guest House, en haut de la rue avant les ATM. Une petite chambre de fortune néanmoins confortable, parfaite pour y passer deux nuits. Le restaurant Dock Houn, juste en face, est très bien pour manger.

Si je suis restée à Pakbeng plus longtemps que la majorité des voyageurs, ce n’est pas de mon plein gré : j’avais réservé mon vol de Bangkok à Katmandou en pensant que je sortirai du territoire Laotien plus tard que prévu. J’ai donc pu explorer cet endroit et me rendre dans le petit village plus haut. Il y a quelques temples à visiter, de jolies photos à faire le long du Mékong, mais pas grand chose de plus : Pakbeng reste ce qu’elle est, une ville-étape.

 


Into the Wild – Pakbeng


Temple – Pakbeng


Pakbeng, via HoboMaps.


 

De Pakbeng a Muang Ngeun en bus (ou mini-van)

Le bus de Pakbeng à Muang Ngeun est un mystère a lui seul : c’est un bus qui existe, c’est certain, mais personne ne s’entend sur son heure de départ.

À la guest house, j’interrogeai un homme qui se sifflait une bouteille de whisky de riz gluant. Je voulais savoir où était précisément la station de bus, puis à quelle heure partait le bus vers Muang Ngeun. Il alla interroger un autre homme qui semblait parler un anglais plus élaboré. Il était assis devant son restaurant, portait une chevalière en or au doigt, et m’affirma que le bus pour Muang Ngeun était a 11h00. Il m’indiqua que la station de bus était plus haut, en suivant la colline, à environ 30 minutes à pieds. Son acolyte alcoolique voulait m’y conduire pour 10.000 kip. J’ai refusé, remercié l’homme à la chevalière et suis retournée à la guest house où l’homme à la bouteille de whisky insista pour que je goutte son breuvage. J’y trempais mes lèvres. C’était infecte.

Le soir, un groupe de Laotiens – trois hommes et une femme – quelque peu bruyant festoyaient à la guest house. L’un des hommes, le seul parlant anglais, m’interpella pour que je me joigne à eux, manger du riz gluant – décidément ! – et du poulet. Je m’installai à leur table. Ils se dirigeaient vers Oudomxai le lendemain matin. Un autre homme de la tablée me proposa un morceau de poulet. Je refusai poliment, précisant que je ne mange pas de viande. Il prit alors une poignée de riz gluant qu’il roula entre ses mains d’une propreté douteuse et me tendit la boulette obtenue. Impossible de refuser cette fois-ci; je mangeais la boulette qui n’avait rien de particulièrement bon. Il en roula une autre. La communication était difficile. Je pris congé et allai dormir.

 


View of the Mekong – Pakbeng


 

Le lendemain, mon sac-à-dos fin prêt, j’arpentais de nouveau le chemin qui monte, sous une fine pluie, musique aux oreilles. Il n’y a pas à se tromper pour trouver la station de bus : on suit toujours la même route, jusqu’à apercevoir une station essence sur la gauche. La petite hutte marquant l’arrêt de bus est juste après, sur la droite.

De cette hutte émanait de la musique; ce genre de musique Laotienne où le chanteur a une voix nasillarde peu agréable. Je demandais à l’employé du guichet à quelle heure était le bus : il m’affirma qu’il était à 15h30. Voyager en Asie m’a apprit la patience; je m’installais sur un banc sous un abri et observais les alentours. Des poules, des poussins et un coq venaient picorer autour de moi. L’odeur de viande carbonisée émanant d’un petit stand sous un parasol parvenait jusqu’à mes narines. J’avais faim; heureusement, on trouve des petits restaurants à l’arrêt de bus. Je commandais, sans surprise, du riz frit aux légumes.

Vers 15h15, un homme sortit de nulle part s’avança vers moi et me demanda :

– “Where are you going ?
– Muang Ngeun.
– I can drive you there for 50.000 kip.
– No sorry, it’s too expensive and I am waiting for the bus.
– Okay I drive you for 40.000 kip.”

J’hésitais. Cela faisait 5 heures que j’attendais le bus, fameux bus qui devait arriver dans 15 minutes. Il n’y avait plus personne au guichet, je demandai donc à un homme du restaurant si le bus allait arriver, mais il me dit qu‘il n’y avait pas de bus (!). Je tombais des nues. Je doute néanmoins que cet homme eu raison. Je retournai voir le chauffeur et acceptai son offre de 40.000 kip, ne voulant pas dormir une nuit de plus à Pakbeng. Nous allâmes vers son mini-van où deux autres femmes avaient déjà pris place.

 


Bus Station – Pakbeng


Monsieur Chat – Pakbeng


Kid on a motorbike – Pakbeng bus station

La hutte – Pakbeng bus station


 

Le trajet se déroula sans encombre, la route est belle. Dans un futur plus ou moins proche, un pont relira Pakbeng et Hongsa directement à Muang Ngeun. Cela facilitera les transports inter-cités; en attendant, un “ferry” se charge de passer les véhicules d’un côté à l’autre de la rivière. Ce n’est pas le genre de ferry auquel on accorde une grande confiance; il s’agit d’une grande plateforme flottante, composée de bois et de ferraille, agrémentée d’une bâche sous laquelle les voyageurs s’abritent.

Le pont est financé par les Chinois, forcément. C’est une chose que j’ai beaucoup constaté au cours de mon voyage en Asie : la Chine finance énormément d’infrastructures. C’est un moyen, je pense, d’avoir la mainmise sur ses voisins.

 


Ferry from Pakbeng to Muang Ngeun, and the bridge under construction.

 

Muang Ngeun

J’arrivai ainsi à Muang Ngeun, après une heure de route environ. Le chauffeur me déposa devant une maison d’hôte, Deuan Phen Guest House, à seulement deux kilomètres de la frontière Thaïlandaise.

J’ai négocié le prix de la chambre pour 60.000 kips. L’endroit est charmant, ainsi que la propriétaire, le tout au calme, près d’un petit plan d’eau agrémenté d’un pont en bois.

Muang Ngeun offre sans doute encore moins d’attractions que Pakbeng. Il y a la grand route, un marché, un petit village et des champs. On a vite fait de s’ennuyer. On trouve néanmoins quelques points pour se restaurer; j’aime avoir mon restaurant favori lorsque je vais dans une ville, et le “Mrs. Buong Teang”, juste à côté de la guest house, a reçu la palme lors de mon séjour à Muang Ngeun. Après avoir expliqué que je ne mange pas de viande, la patronne m’a concocté un repas différent chaque jour, moyennant 15.000 kip. C’était difficile de communiquer, mais toute la charmante famille m’a accueillie à bras ouverts et s’est montrée très dévouée.

Se promener dans les alentours est sans doute le meilleur moyen de passer le temps. Le vent soufflait dans les champs où broutaient les vaches et les nuages dansaient sur les collines. L’air était frais, revitalisant après la chaleur brûlante des jours de Mars. Un chien me coursa lors de mon ascension dans le village; je rebroussais chemin et rencontrai une famille de cochons noirs. Je voulu jouer avec les porcelets, mais ils étaient effrayés par ma présence. Leur mère, étendue de tout son long et de tout son lard, annonçait la tété. Difficile à croire que ses cochons si petits allaient, en l’espace de quelques mois, lui ressembler.

Je passais ainsi deux jours à Muang Ngeun, sous l’œil intrigué et amusé des quelques locaux que je croisais.

 


… And then they run all over the road – Muang Ngeun


Lottery on the sidewalk – Muang Ngeun


Walk in the fields – Muang Ngeun


Countryside – Muang Ngeun


Back from work… – Muang Ngeun


 

Passage de frontière : évitez les tuks-tuks !

En marche vers la Thaïlande ! C’est au petit matin que j’ai commencé mon périple vers la frontière. Les deux kilomètres se font très facilement, le long de la grande route goudronnée où nulle voiture ne passe. J’ai dû attendre quelques temps avant que la frontière s’ouvre car il n’était pas encore 8 heures. Les locaux m’observaient sans gêne; rares doivent être les étrangers qui passent par ici.

Les barrières s’ouvrirent, je me dirigeais vers le petit bureau où l’on tamponna mon passeport, puis, comme une débutante, je fis une erreur monumentale. Une route dont on ne voit la fin s’étend parmi une assemblée d’arbres. Personne ne parlait anglais, je ne savais pas la distance de cette route; je me mis en tête de stopper les voitures pour aller à Nan. Un tuk-tuk passait par là, je lui demandai s’il pouvait me conduire à destination, ayant eu le malheur de penser que la ville se situait tout prêt. Il acquiesça et me demanda 20.000 kips que je donna sans réfléchir. Nous parcourûmes un kilomètre à tout casser, avant d’arriver à la frontière d’entrée Thaïlandaise, là où me laissait le tuk-tuk. Je compris ma bêtise, rumina dans mon coin et passai les douanes. Je n’ai jamais, et ne ferai plus jamais confiance à un tuk-tuk.

Je devais donc prendre le bus pour aller à Nan. Pour une raison mystérieuse et invraisemblable, il faut acheter son ticket auprès de l’homme qui tient un stand de fruits, moyennant 100 bahts. N’ayant pas de bahts, et l’homme n’acceptant pas les kips, les Laos ayant passé la frontière se plièrent en quatre pour me faire la monnaie, et ce fût une belle cacophonie mais je réussi à avoir le change. Le départ du bus était prévu pour 9h, nous sommes sans doute partis vers 10h : “Mai peng rai !” Ça ne fait rien ! C’est comme ça que ça marche. Et roulant à gauche, le bus pris la direction de Nan, au milieu des collines brumeuses et verdoyantes. Sawatdee kha, terre inconnue !

 


The road to the border – Muang Ngeun


 

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