Ma rencontre avec le Caffenol

 

I – Le début

Depuis toute petite, j’aime la photo. Je me souviens, lorsque j’avais huit ou neuf ans, j’avais demandé pour mon anniversaire un véritable appareil photo. Il ressemblait à une petite boîte rectangulaire en plastique jaune, doté du strict minimum : un flash et un déclencheur. Pour moi, c’était déjà magique.

Seule une pellicule fût développée avec cet appareil. C’est lors d’une ballade à la ferme avec l’école que je l’utilisais, après avoir photographié tous les chats de la maison – car, certes, je suis née au Royaume des Chats.

De nombreuses années passèrent sans que je ne touche à un appareil. Telle une enfant gâtée, j’avais déjà oublié ma merveilleuse boîte jaune et, malheureusement, je ne saurais pas dire où elle s’est cachée.

Puis, le goût de la photo me reprit à mes 18 ans, lorsque je partais étudier les arts plastiques à Rennes. J’avais un petit appareil photo lambda, un simple numérique compact, avec lequel je m’amusais à photographier les folles soirées entre amis, la jolie place Saint-Anne et les nombreux musées. Ma passion pour la photo s’éveillait à nouveau.

 

II- La pratique

L’ouverture d’un blog mode presque trois années plus tard me poussait à pratiquer plus assidûment et investir dans un bridge numérique. C’est uniquement à ce stade que je commençais à comprendre l’usage des ISO, de l’ouverture, de la vitesse et de tous ses paramètres qui entrent en compte lorsque l’on veut faire des photos plus attrayantes. J’étais bien loin de ma boîte jaune.

Un jour, au hasard d’un stand du vide grenier de ma commune, j’aperçu une magnifique sacoche marron. C’est à ma grande surprise qu’en l’ouvrant, je découvrais tout un attirail photographique : un Pentax ME Super, plusieurs objectifs, un flash et des filtres. Le prix de 25 euros me rebuta dans un premier temps, mais après réflexion, j’acceptais l’offre. C’est ainsi que je commençais à faire mes premiers pas dans le monde de l’argentique.

De vides greniers en vides greniers, j’ai commencé à acquérir une modeste collection d’appareils argentiques : soufflets, brownies, polaroïds, instamatics, et autres curiosités. J’ai une passion pour les vieilles choses; mes pupilles se dilatent à la vue d’appareils photo anciens. Les appareils photo argentiques me semblent être les trésors du passé : j’avais toujours eu en tête que le numérique avait supprimé le charme de la photographie en la banalisant. Regarder une photo sur un écran n’est pas la même chose que de la tenir entre ses mains.

 

III – La rencontre au bar

Fin 2013, j’étudiais la couture à Cholet. S’il y a bien une chose agréable à Cholet, c’est le Melody Nelson : ce bar-disquaire vaudrait à lui seul le détour. C’est d’ailleurs en cet endroit qu’un photographe de talent, Bertrand Lachon, animait une démonstration de développement photo au Caffenol. Je me suis portée volontaire pour me faire tirer le portrait et trouvais le résultat formidable : la couleur sépia ainsi que le côté doux et effacé qui se dégageait de la photo faisait ressortir une certaine nostalgie, comme un morceau de passé qui se serait greffé au présent. L’idée me vînt d’essayer, à mon tour, de développer moi-même mes pellicules.

 

IV – Les premiers essais

Je fis l’acquisition d’un agrandisseur Durst M605, trouvé sur Leboncoin. Vînt ensuite la cuve de développement Patterson et le margeur. Presque une année s’écoulait sans que je ne touche à ces objets : je trouvais un travail saisonnier puis m’en allais voyager en Asie pendant 8 mois. C’est seulement fin 2015 que je ressortais le matériel et tentais de développer ma première pellicule. Ce fût un échec : le film qui se trouvait dans mon Pentax ME Super n’avait pas été exposée. Je comprenais que l’appareil était défectueux, le système électronique ne fonctionnait plus. Je pris la décision d’acheter un autre appareil : mon choix se tourna sur un Minolta SRT 101 trouvé, lui aussi, sur Leboncoin. Après avoir terminé la pellicule et fait un nouvel essai de développement au Caffenol, la magie opéra : les photos étaient apparues sur le film ! Je tenais la pellicule entre mes mains tremblantes sans en croire mes yeux. De nouvelles perspectives semblaient s’ouvrir, de nouveaux horizons, tout un monde à découvrir. Je suspendais la pellicule à l’aide d’une petite pince à linge installée sur un bout de ficelle tendue entre le mur et l’étagère à vaisselle. Je ne la quittais plus des yeux et me promis qu’elle serait la première d’une longue lignée.

 

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