Trois jours à Hong Kong pendant la révolution des parapluies

 


The “Umbrella Revolution” in Hong Kong

J’étais à Hong Kong en novembre 2014, pendant la “Révolution des Parapluies”. Il est paradoxal de parler de parapluies à Hong Kong : c’est plutôt un parasol qu’il m’aurait fallu.
Pourtant, quel délice, après Huangshan, de sentir la chaleur de cet astre rayonnant, brûlant, aveuglant. Vingts-cinq degrés Celsius pour une fin Novembre, entrecoupés par le souffle glacial de l’air climatisé.

Il n’est donc pas étonnant qu’à Hong Kong la plupart des publicités fassent la promotion de spray naseaux, de sirop pour la toux ou de comprimés pour le mal de gorge. Tout Hong Kong renifle et tousse par la faute de la climatisation. On passe de la rue où notre corps sue toute l’eau précédemment consommée, au métro où l’air sibérien se charge de nous sécher et de nous faire grelotter en un rien de temps.

 

“Hong Kong la nuit,
Lumineuse dans l’infini.
Par la fenêtre du bateau,
Les reflets comme des joyaux.”

Quelle sensation étrange de se promener dans les rues par ce temps d’été et de voir nombres de boutiques vendant la traditionnelle panoplie de Noël : sapins en plastiques, guirlandes et décorations en tous genres. C’est vrai, nous étions fin novembre; une fin novembre vraisemblablement différente de toutes celles que j’ai connu auparavant. Il n’y avait pas cet air glacé qui empli les poumons, ni l’odeur du feu de cheminée portée par le vent. Pas de ciel gris ni d’humidité, simplement des hordes de personnes en t-shirts, loin, très loin du cliché d’un Noël polaire que l’on véhicule en Occident.

 

La frontière : de Shenzhen à Hong Kong

J’avais pris un train direct de Huangshan à Shenzhen, porte d’Hong Kong. Dix-huit heures sur ma couchette du milieu, avec de rares allers aux toilettes, à manger quelques clémentines et cacahuètes. Le temps passe vite en wagon-couchette : on dort. C’est une chose que j’ai apprécié lors de mon voyage, chacun respect le sommeil des autres. A vingt-deux heures, les lumières du wagon s’éteignent, tout le monde gagne son lit et on n’entend plus un bruit, si ce n’est le “pabam” des roues du train sur les rails, qui berce doucement les voyageurs comme la main d’une maman qui bercerait son bébé dans un landeau.

Lorsque l’on sort de la gare de Shenzhen, on prend un escalator qui nous emmène dans un souterrain d’où l’on peut accéder à Hong Kong. C’est simple, tout est indiqué : il suffit de marcher – beaucoup. Il fait chaud, il y a du monde, on n’en finit pas de prendre des escalators et de grimper, grimper… Ensuite on passe un nombre incalculable de douanes et de contrôles. puis on attend notre tour, on rempli une carte d’arrivée et de sortie de territoire, on fait checker notre backpack et notre passeport. Bref, la routine des passages frontaliers.

 


Chi Lin Nunnery – Hong Kong


Nan Lian Garden – Hong Kong


Street Art – Hong Kong


Dwarf Guardian Statue – Lantau Island

 

La quiétude dans l’immensité

Hong Kong est gigantesque; elle aurait pu être ce que j’appelle “une autre grosse ville comme les autres”, mais quelque chose de différent en émane. Est-ce son passé sous influence British qui lui a conféré cette quiétude ? On remarque le savoir-vivre des habitants qui ici sont plus polis, plus disciplinés et plus ouverts qu’en Chine. Il n’y a pas cette oppression que j’ai pu ressentir à Shanghai par exemple.

 


Tian Tan Buddha – Lantau Island

 

Hong Kong a aussi l’immense avantage d’être proche d’îles encore très sauvages et naturelles, telle que Lantau Island. Il faut prévoir une journée entière pour visiter cette île qui regroupe plusieurs petits villages. Je m’y suis prise trop tard et ai sous-estimé la grandeur d’Hong Kong : entre le métro, l’attente du ferry et la traversée vers l’île, il faut compter plusieurs heures de voyage. On peut prendre le ferry depuis la station de métro East Tsim Sha Tsui, mais attention, évitez d’y aller le dimanche : les prix de la traversée et des bus une fois sur l’île sont doublés !

Arrivé sur l’île, on débarque directement au niveau d’une station où de nombreux bus se dirigent vers différents villages. Il est indiqué sur chaque abri-bus quelle est “l’attraction touristique” à y voir; j’aurais voulu visiter le village de pêcheurs de Tai O, mais nombres de personnes avait eu la même idée que moi, si bien qu’une file d’attente interminable serpentait déjà à la station. Je me rabattis vers un autre arrêt de bus moins peuplé, où le nom évocateur de “Giant Buddha” (= Tian Tan Buddha) attira mon attention. Ce fût décidé; j’irais explorer cette partie de l’île, et pris ainsi la meilleure décision de ma journée.

 

Prévoir de bonnes chaussures, suffisamment d’eau et des vêtements légers… car il faut beaucoup marcher sur Lantau Island ! Après le Bouddha Géant, il y a une route de trek pour se diriger vers le pic de l’île; compter environ deux heures de marche si l’on en croit les panneaux – je n’ai pas eu le temps d’atteindre le sommet comme le jour baissait et les bus terminent leurs services assez tôt. Les sentiers sont encore bruts et escarpés, ce qui fait tout l’intérêt et la beauté de cette randonnée. On se retrouve au cœur d’un univers où la végétation est luxuriante, infinie et baignée de lumière, avec la sensation d’être seul et loin du monde.

 


Second hand shop “Me & George” – Hong Kong
 

Les bonnes adresses

Hong Kong est renommée pour le shopping : ici, c’est “duty free”. Les Chinois s’en donnent à cœur joie et sont nombreux à passer la frontière pour y faire leurs emplettes. Pourtant, Hong Kong est loin d’être bon marché, c’est même une ville dans laquelle il est assez cher de vivre. Mais comme partout, il y a des exceptions : il faut connaître les bonnes adresses !

Je suis férue de vintage et de friperies, mais c’est une chose qui n’est absolument pas développée ici en Chine. J’ai donc eu l’espoir de trouver à Hong Kong quelques boutiques spécialisées en vente d’articles de seconde main. Après quelques recherches, j’ai trouvé une boutique nommée “Me & George” située au 9 Li Yuen Street West, dans Hong Kong Central (il y a une autre boutique au 64 Tung Choi Street dans le quartier de Mong Kok, mais je ne l’ai su qu’après). Lorsque l’on sait que 10 HKD valent environ 1 euro, on se rend compte des prix dérisoire de l’endroit. Cependant, il faut passer du temps à fouiller et retourner ce bazar en tissus, jusqu’à ce qu’on finisse par dénicher des petites merveilles. Les présentoirs sont tellement serrés les uns contre les autres qu’on se demande comment se déplacer dans le magasin; on fonce dans le tas, ça fait tourner le présentoir et laisse quelques fringues tomber par terre au passage.

 


 

La Révolution

Nathan Road fût le QG de la “Révolution des Parapluies” pour quelques mois seulement. La rue entière était à la merci des révolutionnaires qui plantèrent tentes et pièces de puzzle géantes sur le dur asphalte gris, réclamant le droit d’élire leurs représentants. Majoritairement composée d’étudiants, la clique des révolutionnaires proposait quelques ateliers où l’on pouvait obtenir gratuitement des t-shirts personnalisés – moyennant tout de même une bonne heure d’attente en file indienne – participer à un atelier de dessin ou faire écrire sur une feuille la phrase de son choix, le tout dans une jolie calligraphie gothique.

 


“Noémie aime Hong Kong” – Nathan Road


Tents on Nathan Road – Hong Kong


 

Cependant, la Révolution n’aura pas durée : elle s’est terminée en Décembre 2014. C’était une belle initiative de la part des Hong Kongais, la jeunesse de cette mégalopole fût plus que jamais unie et solidaire. Difficile de parler de politique ici en Chine, difficile aussi de décider qui a raison ou non; chaque partie a ses arguments. Cet événement me laisse penser que tout est toujours en mouvement, jamais nous ne sommes a l’abri d’un changement radical de situation. En apparence stable, l’arbre creux peut tomber à tout moment.

 

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